La transparence n’est pas un luxe,
c’est une obligation
Transparence, respect et égalité :
ce que révèle la situation du collège Jean-Moulin
Dans une période où la confiance dans les institutions vacille, où l’exigence de transparence n’a jamais été aussi forte, chaque décision publique devrait être claire, assumée et expliquée.
Et pourtant, même à l’échelle locale, cette transparence fait encore défaut.
Alors une question s’impose : comment garantir la sécurité, la confiance et le service public lorsque l’information elle-même devient incertaine ?

Un collège solide, des équipes engagées, des agent·es au rendez-vous
C’est dans cet esprit que je souhaite revenir sur la situation du collège Jean-Moulin, à Poitiers.
Un collège que je connais bien, puisque j’y siège au conseil d’administration depuis le début de mon mandat.
Jean-Moulin est un collège solide, bien tenu, porté par des équipes éducatives très investies, des personnels attentifs, et des agent·es du Département qui assurent leurs missions avec sérieux, qu’ils et elles travaillent dans les services administratifs ou au sein même de l’établissement, dans le cadre fixé par les élu·es.
Le problème ne vient donc ni des équipes, ni des agent·es, ni du collège lui-même.
Il vient de la manière dont les élu·es de la majorité départementale gèrent l’information, répondent aux questions et définissent leurs priorités.
La confiance ne se décrète pas, elle se construit par la clarté
Des réponses imprécises et une réunion manifestement mal préparée
Lors du premier conseil d’administration de l’année scolaire 2025-2026, de nombreuses questions légitimes ont été posées par les représentant·es du personnel enseignant sur les travaux en cours, les délais, la sécurité et l’état de certaines salles, notamment.
À plusieurs reprises, les réponses apportées par l’élu de la majorité départementale présent à cette réunion ont été imprécises, incomplètes, et parfois ressenties comme méprisantes par les membres du CA — y compris par les représentant·es des parents d’élèves, directement concerné·es par les conditions d’accueil de leurs enfants.
Ces réponses donnaient aussi le sentiment que la réunion n’avait pas été suffisamment préparée par l’élu sollicité, alors même qu’elle portait sur des sujets essentiels du quotidien scolaire.
Cette difficulté à obtenir des réponses claires empêche les personnels, les parents et l’élue d’opposition que je suis de comprendre précisément la situation.
Elle fragilise le dialogue, sans remettre en cause la qualité du travail réalisé au quotidien dans le collège.
Quand l’information manque, la confiance recule
Depuis le début de mon mandat, je constate une difficulté récurrente : les élu·es ne disposent pas du même niveau d’information avant les conseils d’administration.
Les éléments préparatoires existent, ils sont produits par les services du Département, mais ils ne sont pas transmis de la même manière selon que l’on appartient à la majorité ou à l’opposition.
Malgré une demande écrite formulée dès octobre 2023 à l’attention du Président du département, pour disposer, comme l’élu de la majorité, d’une note préparatoire avant chaque conseil d’administration, je n’ai jamais obtenu de réponse sur ce point.
Résultat : j’apprends les projets et les décisions concernant le collège en séance, sans pouvoir préparer sérieusement les réponses attendues par les personnels et les parents.
Refuser l’information à une élue d’opposition, c’est empêcher l’exercice normal du mandat
Amiante : traiter sérieusement, sans dramatiser, mais avec transparence
La question de l’amiante mérite d’être traitée avec rigueur et responsabilité.
Dans l’ancien secteur SEGPA, redevenu nécessaire pour accueillir des classes du fait de l’augmentation des effectifs, des mesures d’empoussièrement d’amiante ont été réalisées.
Certaines salles ont été fermées par précaution, conformément aux protocoles, et des analyses complémentaires ont été menées.
Il ne s’agit pas de créer de l’inquiétude inutile : les équipes ont réagi immédiatement, les procédures réglementaires ont été engagées, et les agent·es ont fait leur travail.
Ce qui pose problème, en revanche, c’est que l’élu de la majorité départementale présent au conseil d’administration n’a pas été en mesure de fournir des informations précises, cohérentes et stabilisées, alors même que les personnels et les parents demandaient des réponses simples.
Sur un sujet sensible, l’imprécision n’apaise jamais
J’ai donc pris la décision, en tant qu’élue, d’interroger directement le président du département par écrit pour être en mesure de rassurer les membres du conseil d’administration à la prochaine réunion. La réponse écrite qui m’a été adressée n’a pas reconnu la légitimité des questions posées ; elle a clos le dialogue et a remis en cause l’exercice même du rôle de contrôle d’une élue d’opposition (voir encadré à la fin de l’édito).
Un collège sous tension structurelle depuis plusieurs années
Cette situation n’est pas nouvelle.
Depuis le début de mon mandat, les difficultés se sont accumulées au collège Jean-Moulin, révélant un problème structurel de gouvernance et de priorisation, bien plus qu’une succession d’incidents isolés.
Ainsi, dans le cadre du plan France Relance (2020-2022), des travaux de rénovation énergétique et de réaménagement de certains espaces ont été décidés dans l’urgence, sans concertation préalable avec les personnels qui travaillent quotidiennement dans l’établissement.
Ils ont été menés en site occupé, pendant les périodes scolaires, avec des nuisances durables pour les élèves comme pour les équipes : bruit, poussière, contraintes de circulation, conditions de travail dégradées sur la durée.
À ces choix initiaux se sont ajoutés des malfaçons encore non résolues, des finitions inachevées, et la défection de l’architecte chargé du suivi, qui a durablement bloqué certains aménagements pourtant essentiels à la vie de l’établissement.
Parallèlement, l’augmentation importante des effectifs, insuffisamment anticipée, a accentué les tensions : difficultés de circulation dans les couloirs, espaces saturés, organisation interne fragilisée — une situation en cours de correction seulement aujourd’hui, avec la nouvelle carte scolaire.
Dès la rentrée 2022, les conditions étaient telles que les personnels m’ont demandé d’intervenir en urgence pour que la rentrée puisse se dérouler dans des conditions minimales acceptables pour les élèves et les équipes.
Le point d’orgue de cette accumulation de dysfonctionnements a été atteint en novembre 2023, lorsque, face à l’absence de réponses concrètes et à des alertes restées sans suite, les personnels ont décidé de se mettre en grève.
Une grève qui traduisait un profond épuisement, après des mois – et même des années – de dégradation des conditions de travail.
J’ai évidemment soutenu cette mobilisation — un soutien qui m’a d’ailleurs été reproché par le vice-président à l’éducation — parce qu’il est du devoir d’une élue d’entendre et de relayer les alertes lorsqu’elles deviennent collectives et argumentées.
Ce n’est qu’à la suite de cette mobilisation, que l’exécutif départemental s’est finalement déplacé dans l’établissement et a pris des engagements, notamment sur l’installation de casiers dans la salle des professeurs — des casiers qui ne seront livrés qu’en septembre 2025, après une nouvelle relance de ma part.
Quand le politique détourne le regard,
ce sont les équipes qui tiennent le service public à bout de bras
Là encore, les agent·es du Département ont agi dans le cadre des moyens et des consignes fixés par les élu·es.
42 millions d’euros pour Henri-IV : une question de priorités politiques
Le contraste avec d’autres choix récents ne peut être ignoré.
Le collège Henri-IV, situé en centre-ville de Poitiers, a bénéficié d’une rénovation complète, financée à hauteur d’au moins 42 millions d’euros.
42 millions d’euros, c’est le coût de deux collèges neufs
Le résultat est un établissement remarquablement équipé. Personne ne le conteste.
Mais cette réalité interroge légitimement :
- quelles priorités guident les choix des élu·es de la majorité départementale ?
- pourquoi de tels écarts d’investissement entre établissements ?
- pourquoi un collège populaire, comme Jean-Moulin, fortement sollicité, doit-il fonctionner dans un cadre aussi contraint ?
Poser ces questions, ce n’est pas opposer les collèges.
C’est défendre l’égalité républicaine.
Le 19 décembre, Henri-IV a été inauguré en grande pompe.
Jean-Moulin, lui, n’a fait l’objet d’aucune inauguration après les travaux.
Chacun appréciera ce que cela dit des priorités politiques… et de la crainte d’affronter une communauté éducative qui demande simplement du respect et des réponses.

Ce que nous ferions
Le collège Jean-Moulin n’a pas de problèmes internes. Il révèle un problème politique.
Celui d’une majorité départementale qui privilégie une communication de vitrine, faite d’inaugurations spectaculaires et de projets très visibles, mais qui peine à assumer avec la même clarté la réalité du quotidien dans tous les établissements.
Ces dernières années, le Département a ainsi multiplié les opérations emblématiques :
- un collège neuf inauguré avec une débauche d’équipements high-tech (Joséphine-Baker) ;
- la rénovation du collège Henri-IV à un niveau d’investissement sans précédent ;
- l’Arena du Futuroscope fortement valorisée dans la communication départementale ;
- ou encore des projets touristiques lourdement promus, dont certains se sont révélés être des échecs manifestes, à l’image du Château de Mont-sur-Guesnes, dont la fréquentation est restée très inférieure aux objectifs annoncés : un peu plus de 13 000 visites en 2024 puis environ 21 000 en 2025, essentiellement en raison d’un effet ponctuel lié à l’opération Terra Aventura.
Pendant ce temps, lorsque des équipes éducatives, des parents d’élèves ou des élu·es d’opposition alertent sur des difficultés concrètes, la réponse n’est ni l’explication ni le dialogue, mais trop souvent le silence, la minimisation, ou la disqualification de celles et ceux qui osent poser des questions.
Ce décalage entre la communication institutionnelle et la réalité vécue sur le terrain fragilise la confiance.
Il nourrit le sentiment d’un « deux poids, deux mesures« , où certains établissements servent de vitrines, tandis que d’autres doivent fonctionner dans l’incertitude et avec des réponses incomplètes.
Si nous étions aux responsabilités, au sein de La Vienne en transition, nous ferions un autre choix politique.
- une information complète, loyale et partagée avec les communautés éducatives ;
- un traitement rigoureux, transparent et apaisé des sujets sensibles ;
- une égalité réelle entre tous les collèges du département, sans hiérarchie implicite ;
- un respect constant des personnels, des agent·es et des parents d’élèves ;
- des priorités budgétaires guidées par l’intérêt général et les besoins réels, non par l’image ou la communication.
UNE GESTION POLITIQUE QUI POSE PROBLEME
À la suite de mon courrier adressé au Président du Département le 9 octobre 2025 (page 1 et page 2), j’ai reçu, le 22 décembre, une réponse écrite datée du 12 décembre 2025.
Plusieurs points appellent une clarification politique.
D’abord, le ton.
À plusieurs reprises, il m’est ainsi affirmé que ce que j’écris serait « totalement faux », alors que mon courrier, prudent, argumenté, se bornait à relayer fidèlement des propos et des inquiétudes exprimés en conseil d’administration par des personnels, des représentant·es des parents d’élèves et des membres de la communauté éducative.
Plus troublant encore : les éléments développés plus loin dans le courrier du président, ainsi que dans celui du vice-président à l’éducation, confirment en réalité plusieurs des faits que j’avais évoqués — qu’il s’agisse de la fermeture préventive de salles, de la réalisation de mesures, du retard des travaux ou des difficultés liées à l’organisation du site.
Qualifier ces alertes de « totalement fausses », alors qu’elles s’appuyaient sur des échanges tenus en conseil d’administration, revient à mettre en cause non seulement une élue d’opposition, mais aussi la parole collective exprimée au sein de cette instance, y compris celle des parents d’élèves.
Ensuite, l’absence d’empathie
Ni dans la réponse du Président, ni dans celle du Vice-président à l’éducation, on ne trouve la moindre formule de considération à l’égard des enseignant·es, des personnels, des parents d’élèves ou même de la direction du collège.
Or, ces femmes et ces hommes travaillent ou scolarisent leurs enfants dans les locaux concernés. Leur inquiétude mérite autre chose qu’un rappel à l’ordre technico-réglementaire.
Cette posture, technique, qui évacue toute dimension humaine ou éducative de la situation, contraste fortement avec le courrier adressé au Rectorat, par les enseignants : un courrier factuel, argumenté, mesuré, qui exprime des inquiétudes professionnelles sans jamais verser dans l’excès, et rédigé précisément parce qu’une réponse concrète du Département tardait à venir.
Puis, la mise en cause du chef d’établissement
Sur la question du foyer des élèves, plutôt que d’assumer le choix politique de ne pas financer l’équipement de ce lieu de vie pourtant essentiel, le Président renvoie la responsabilité sur les décisions d’organisation du Principal.
Cette manière de procéder est profondément problématique : le Département fixe le cadre budgétaire, les moyens et les priorités d’investissement ; les équipes éducatives, elles, composent avec ces contraintes.
D’autant plus qu’au collège Henri-IV, le foyer a pu bénéficier de coussins « Fatboy », financés par le département, selon les enseignant·es de Jean-Moulin. D’ailleurs, le Président ne conteste pas le financement de l’équipement du foyer Henri-IV dans son courrier.
En renvoyant la situation du foyer à des choix d’organisation interne, la réponse du Président déplace le débat vers le fonctionnement de l’établissement et laisse sans réponse la question politique de l’égalité de traitement entre collèges.
Enfin, une conception contestable du dialogue démocratique
Répondre qu’« on a déjà répondu » lorsqu’une élue saisit officiellement l’exécutif par écrit – de surcroît par courrier recommandé – n’est ni une réponse politique, ni une marque de respect institutionnel.
Ces réponses traduisent une manière de gérer la situation qui pose problème : non pas par l’apaisement, l’écoute et la clarté, mais par la disqualification, la verticalité et le refus de reconnaître la légitimité des questions posées.
Quand des responsables politiques cherchent à disqualifier, à déplacer la responsabilité ou à clore le débat plutôt qu’à éclairer, ce n’est plus de la communication : c’est un aveu de faiblesse politique.